17 ème lettre

17 -ème lettre aux paroissiens.

Couleurs du temps… Et si le Christ était noir ?

« Être blanc, c’est ne pas être obligé d’y penser ». Cette formule reprise sur tous les réseaux sociaux, oblige à réfléchir. Sans vouloir entrer dans les débats qui nous viennent des états unis sur « la blanchité », Bruno Chenu, théologien prêtre maintenant décédé, nous dit qu’il reste aux blancs à se convertir à la négritude…

« Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie
Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing
Réécade. (Sceptre du roi dans l’ancien Bénin) Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe.
Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
Ma tâche est d ‘éveiller mon peuple aux futurs flamboyants.
Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole ! »

Léopold Sédar Senghor. (Poète et grand homme d’état sénégalais.)

La couleur de la peau renvoie immédiatement à une histoire, à une culture, à une condition. Pour ce qui est des noirs américains, cette histoire va être marquée par la souffrance et par l’humiliation. Quand Bruno chenu parle de théologie noire, il parle de cette théologie, formulée par les noirs au creux de leur expérience, de leur souffrance, de leur espérance, de leur libération.

Dans son livre « Dieu est noir », il écrit, comme pour expliquer le choix du titre : « Pour toute la culture occidentale, le blanc évoque la pureté et la grâce, le noir est immédiatement synonyme de souillure et de péché. Cette symbolique dominante a eu des conséquences psychologiques catastrophiques pour le Noir.

Elle légitimait la colonisation et le racisme. Pendant plus d’un siècle, l’espoir d’émancipation des esclaves noirs américains va résonner dans les Negro Spirituals, chants de libération inspirés de l’ancien testament, où se mêlent détresse, révolte et courage.

« Pour la première fois, le poète afro-américain avait réussi à exprimer, avec une intensité et une simplicité admirable, ses rêves et ceux de sa race, sa résignation, et plus secrètement sa révolte, ses profondes douleurs et ses simples joies, son obsession de la mort et son sens de Dieu. » (Marguerite Yourcenar.)

Voici ce que disait déjà un esclave prédicateur au XIXème siècle à ses frères d’une plantation : « Souvenez-vous, vous n’êtes pas des nègres ! vous n’êtes pas des esclaves ! vous êtes les enfants de Dieu ! »

« Celui qui chante raconte la bible comme sa propre vie », son chant l’unit au Christ qui sur la croix a été mis au rang d’un esclave.

Quand nous chantons à l’église, n’oublions jamais que notre chant porte toute la vie des hommes quelle que soit leur couleur, pour la mettre sous le regard amoureux de Dieu.

     Avec toute mon amitié. Louis duret